[ENTREVUE] Les neuf vies et les neuf albums de Julie Doiron

Julie Doiron — photo : courtoisie

Le Wilmot United Church est vide. Quelques organisateurs règlent les derniers détails du concert, tandis que Julie Doiron entame sa balance de son. L’auteure-compositrice-interprète assure la première partie du groupe ontarien Great Lake Swimmers.

Julie Doiron est seule sur scène. Elle fredonne les premières notes de By The Lake, le premier extrait de So Many Days, son neuvième album solo. Sa musique résonne dans la grande pièce. Pendant qu’elle ferme les yeux, sa guitare électrique et sa voix étouffent le bruit du trafic du centre-ville de Fredericton. Sa présence à l’intérieure de l’église est subtile, pourtant son folk mélancolique fait vibrer les bancs vides.

« Je crois que j’ai déjà porté cette robe à Fredericton », affirme Julie Doiron, avant de déposer sa guitare. Cela n’a rien d’étonnant. L’auteure-compositrice n’a jamais cessé de donner des spectacles d’un bout à l’autre du pays depuis deux dernières décennies, en suivant deux sentiers parallèles, mais distincts.

En plus de sa carrière de singer-songwriter, Julie Doiron est la bassiste d’Eric’s Trip, le premier groupe canadien à être recruté par l’étiquette Sub Pop Records. La Monctonienne a laissé sa marque sur la scène indépendante du pays.

« On me dit ça souvent depuis quelque temps », explique Doiron, en français, en ouvrant une bouteille d’eau dans la loge improvisée à l’arrière de l’église.

C’est un chapitre de la vie de Julie Doiron qui se ferme avec la sortie de So Many Days, le 23 octobre.

Dans les trois dernières années, Julie Doiron a habité dans trois villes différentes en plus de vivre trois relations amoureuses et de terminer une trilogie d’albums, enregistrés par Rick White, le chanteur d’Eric’s Trip.

« L’album parle de tomber en amour, de ruptures amoureuses et d’être triste. Je crois que c’est une bonne façon de dire les choses : ce disque ferme un chapitre, mais en ouvre un autre. Il y a de très grandes possibilités que je travaille à Rick de nouveau, mais je veux enregistrer et écrire différemment. J’ai envie d’explorer de nouveaux sons. »

Cette recherche sonore est une des marques de commerce d’Eric’s Trip. Le groupe légendaire est admiré par les amateurs de rock alternatif.

« Avec Eric’s Trip, dans les années 1990, nous n’avions pas l’impression d’avoir une notoriété quelconque. On savait que des gens aimaient notre musique, sans plus. Nous avions joué ensemble pendant une année et demie avant de donner notre premier spectacle. Il n’y a pas eu de moment où nous avions réalisé l’impact qu’on a eu pour le rock alternatif canadien. »

Julie Doiron s’arrête. Elle regarde la table et sourit.

« Cela fait vingt ans que je fais de la musique. C’est vrai qu’on finit par devenir une influence pour quelqu’un. À moins que mes chansons soient mauvaises », résume Doiron en riant.

Eric’s Trip — Photo : Sub Pop Records

La musique n’était pas la destination professionnelle de Julie Doiron. L’auteure-compositrice poursuivait des études en photographie avant de plonger dans le punk rock vaporeux d’Eric’s Trip.

« Rick et moi étions amis. Il savait que je voulais vraiment m’acheter une guitare électrique, mais que je ne voulais pas en jouer seule dans ma chambre. Il a suggéré que l’on crée notre propre groupe. C’est comme ça qu’est né Eric’s Trip. »

De 1990 à 1996, Eric’s Trip était un des groupes les plus importants au pays. Après la séparation du quatuor, Julie Doiron s’est lancée en solitaire, avec Broken Girl, son premier disque solo.

« Je n’ai pas de plan initial quand je compose. J’écris sur des choses dont je veux parler. Je décris des situations ou des événements que j’ai vécus. Pour moi, écrire est thérapeutique. J’imagine que quand je me sens bien, je n’ai pas besoin d’écrire. »

La tristesse fut explorée de fond en comble par Julie Doiron au courant des vingt dernières années.

« Sur le nouvel album, il y a trois ou quatre chansons qui parlent d’être triste et de ne pas avoir de raisons pour expliquer ce sentiment. Ce n’est pas facile à comprendre, surtout parce que je n’ai pas de raison de me sentir comme ça. J’ai ma famille et des gens qui m’aiment dans ma vie. Je sais que je suis chanceuse. Je suis reconnaissante, mais de l’autre côté, je ne me sens pas comme ça. »

So Many Days, dans les bacs le 23 octobre

Julie Doiron est toujours seule sur scène, mais devant elle se trouve une foule composée d’habitués de la scène locale néo-brunswickoise et de fidèles paroissiens. Après avoir brisé la glace avec des chansons tirées de So Many Days, elle livre une version sobre de Ce Charmant Coeur, la pièce d’ouverture de Désormais, son disque en français.

« Je travaille sur un nouvel album francophone. J’espère pouvoir le lancer l’année prochaine. Je ne sais pas si mon approche est différente, étant donné que ce n’est pas la même langue. En plus, j’ai habité à Toronto et je n’ai pas eu la chance de parler français régulièrement. »

Pendant qu’elle peaufinait les derniers détails de son nouvel album, Doiron lançait un 45 tours avec son nouveau groupe rock, The Wrong Guys, formé de membres du groupe hardcore Cancer Bats et du songwriter punk Eamon McGrath. L’équilibre entre le folk et le rock est invisible.

« C’est quelque chose que j’adore faire. C’est bien d’avoir cet équilibre. Avec Eric’s Trip, notre musique était loud et énergétique, mais nous avions un côté plus doux et sensible. J’ai besoin de ces deux aspects. En solo, je suis généralement accompagnée d’un batteur. Quand on joue ensemble, c’est heavy. J’adore jouer de la musique rock, mais ça doit demeurer mélodique. C’est pour ça que c’est génial jouer avec The Wrong Guys, ils sont tellement heavy. »

Elle est la Julie d’Eric’s Trip et la Julie de Broken Girl. Tout au long de sa carrière solo, elle est demeurée proche de Rick White, Chris Thompson et Mark Gaudet, ses confrères d’Eric’s Trip. Le groupe fut réuni à plusieurs reprises, dont sur quelques chansons de Woke Myself Up, disque de Julie Doiron finaliste au prix Polaris 2007.

« Les gens qui venaient me voir en concert étaient surtout des fans d’Eric’s Trip. Ça m’a pris dix ans pour développer mon fanbase. Récemment à mes concerts, il y a des fans d’Eric’s Trip de la première heure, des amateurs de mon matériel solo et des gens qui ne connaissent ni mes chansons ou mon ancien groupe. »

Les chansons de Julie Doiron ont toujours été écrites à livre ouvert. Le prochain chapitre qui s’ouvre n’est pas fermé à aucune possibilité, y compris un retour d’Eric’s Trip.

« Je travaillerais avec Chris, Mark ou Rick n’importe quand. Ce n’est pas exclu que nous allons nous retrouver bientôt. Pour nous, tout cela est une continuation. »

Site officiel : http://www.juliedoiron.com/

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