Joel Plaskett Emergency – Scrappy Happiness

Depuis ses débuts, en 1992 avec Trush Hermit, Joel Plaskett s’est toujours montré très ambitieux par rapport à sa relation avec la musique. Immédiatement après la séparation de son groupe, Plaskett s’est lancé dans une carrière solo, à la discographie impressionnante : trois albums solo, quatre albums avec son band live (Joel Plaskett Emergency), un coffret anthologique de Trush Hermit, une brillante compilation de pièces inédites. Les honneurs personnels ne se comptent plus, alors qu’il cumule les nominations et les honneurs au Gala de la musique de la Côte Est et autre Prix Juno. Encore mieux, deux de ses disques se sont consécutivement retrouvés sur la liste courte du prix Polaris; « Ashtray Rock » en 2007 et « Three » en 2009. Plus que jamais, l’auteur-compositeur-interprète haligonien est un incontournable de la musique canadienne.

Après « Three » et ses 27 chansons, réparties sur trois disques, l’auteur-compositeur-interprète s’est lancé à l’assaut d’un défi encore plus imposant : écrire et lancer dix chansons en dix semaines. Joel Plaskett y voit l’occasion de revenir à l’éthique de travail des singles des années 50 et 60, où les chansons passaient rapidement du studio à la radio, puis des ondes hertziennes au public. C’est donc une pièce à la fois que « Scrappy Happiness » a été lancé, sur les ondes de CBC Radio 2 et CBC Radio 3, puis sur iTunes. Délire nostalgique ou exercice de style? Plaskett a su amener le projet à terme, un exploit. Nul besoin de douter de son talent et de se grande efficacité; les dix pièces ont joué leur rôle de single radio, mais encore faut-il qu’elles réussissent à obtenir un second souffle en tant qu’album.

« Scrappy Happiness » souffre de la nature même du projet. Autant la spontanéité des sessions d’enregistrement fait ressortir l’intention rock de certaines pièces, autant elle empêche d’obtenir ce recul, si essentiel lors du processus créatif. Inégal et déséquilibré, le disque s’essouffle par lui même. La plume de Plaskett se prête généralement bien au jeu, même si elle semble motivée par l’intensité des musiques. Ce sont les mélodies les plus inspirées qui soutirent les meilleurs textes et les meilleures interprétations. L’aspect chronologique n’aide en rien la version disque, créant même un clivage entre les chansons. « Scrappy Happiness » ne s’éloigne pas tellement des autres disques de l’auteur-compositeur-interprète, mais n’a pas la force de frappe de « Ashtray Rock » ou « Three ». Plaskett possède un grand talent lorsque vient le temps de composer de bonnes mélodies rock, influencé par le AOR des années 70 et sait comment fabriquer des musiques folk, mais tout cela doit être complémentaire à la qualité de ses textes. Heureusement, Joel Plaskett maîtrisant l’art du songwriting, quelques chansons retiennent l’attention. D’ailleurs, la première pièce du projet, « You’re mine » est la mieux réussie, bénéficiant pleinement de l’impulsivité du moment.

Le fait d’avoir amené ce projet ambitieux à terme mérite d’être souligné. D’avoir écrit, arrangé, enregistré et lancé dix chansons en dix semaines est une prouesse bien plus pertinente que « Scrappy Happiness » en version disque. Joel Plaskett devra toutefois mettre de côté ces gros projets et revenir à l’écriture de bonnes chansons, tout simplement. À la longue, les albums triples et les marathons de ce genre sont épuisants.

« Scrappy Happiness », en magasin le 27 mars.

Site officiel : http://joelplaskett.com/

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