[ENTREVUE] Acadian Embassy: refuge culturel sans frontières

Trevor Murphy - Photo: courtoisie

Voilà quelques années que Trevor Murphy n’habite plus la région de Yarmouth, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Maintenant installé à Halifax, la métropole de la province, l’auteur-compositeur-interprète recrée l’esprit communautaire des collectivités acadiennes de sa région natale dans le cadre du collectif Acadian Embassy. À l’occasion du festival Shivering Songs, Murphy explique lors d’une entrevue en français qu’au départ, Acadian Embassy était un surnom pour une maison. « On a toujours donné un surnom aux maisons. Il y a deux ans, on a déménagé dans un nouvel endroit et on était sur le patio à chercher un pseudonyme. Étant donné que trois des quatre gars étaient acadiens, on a eu le flash de l’ambassade acadienne. On a même acheté un drapeau acadien qui flotte à l’extérieur ».

Aujourd’hui, l’idéologie d’Acadian Embassy dépasse les murs de l’ambassade de ses résidents. « On parlait énormément de tout ce projet-là et c’est devenu une philosophie. On aime parler de notre culture et de notre héritage acadiens. Si on n’est pas impliqué dans les aspects linguistiques de tout cela, on parle français et on avait l’impression qu’il y avait un manque que l’on pouvait combler. C’est là que nous avons décidé de réunir des groupes sous la bannière Acadian Embassy. Pour nous, c’était une façon de réunir des artistes qui pouvaient évoquer l’expérience acadienne qui n’est pas celle des livres, de la télévision ou des évènements gouvernementaux». Le collectif a donc réuni deux artistes qui suivent directement cette philosophie : Kuato et Quiet Parade. « Dans le cas de Rain Over St. Ambrose, il s’agit non seulement de nos amis, mais d’un très bon groupe. Avec nos dix années d’expérience dans l’industrie musicale, on a décidé de les prendre sous notre aile et de les aider le plus possible. L’entraide est l’élément supplémentaire chez Acadian Embassy. Il y a une très grande amitié entre les trois groupes ».

Après de longues discussions entre les membres du collectif, ils ont réussi à identifier certains traits culturels qu’ils portent avec eux quotidiennement. «Il y a quelque chose de plus que la langue, l’histoire et la culture. On sent que ce qui unit les gens dans les collectivités acadiennes, c’est l’esprit de communauté. On voulait recréer cela avec des personnes qui ont ce sens d’entraide. C’est ce qu’on voyait dans les villages acadiens au sud de Yarmouth; peu importe ce qui arrive, les gens s’aident et ils contribuent. C’est un trait important de la culture qui n’est pas toujours inscrit dans les livres. On a voulu souligner cela à notre manière ».

Trevor Murphy - Photo: courtoisie

Si on considère l’éloignement géographique de Yarmouth et son bassin de population, une quantité de rock indé impressionnante ressort de la région; Brian Borcherdt (Holy Fuck), Paul Murphy et Tim d’Eon (Wintersleep) sont originaires de l’endroit. Trevor Murphy croit que l’existence d’un son distinct à cet endroit pourrait devenir un sujet de recherche. « Selon moi, oui. C’est un peu gris à cause du brouillard. Il y a une texture mélodique qui provient de ce côté sombre. À vrai dire, c’est difficile à expliquer. C’est ce genre de choses que tout le monde de la région transporte en eux ».

D’ailleurs, le principal intéressé ne se gêne pas pour dire qu’il porte en très grande estime les exportations culturelles du coin. «Sur un coup de tête, j’ai acheté le disque Sound of Beauty Breathing de Kary, dont certains membres allaient former plus tard Wintersleep. J’ai écouté cet album pendant des années. Pour la première fois, j’ai entendu des gens de ma ville qui écrivaient et enregistraient de la musique que j’aimais. Ça m’a inspiré; si des gens de Yarmouth pouvaient le faire, c’était quelque chose qui devenait possible pour moi. L’arrivée de Wintersleep est devenue une grande inspiration pour moi. On avait l’impression qu’il se passait quelque chose lors du début des années 2000. ».

En plus de multiplier les spectacles et les parutions, les disques de Acadian Embassy sont disponibles en téléchargements à contribution volontaire. « L’industrie de la musique est en pleine évolution, on le voit depuis des années. Le constat est qu’à défaut de vendre énormément de disques, l’argent se fait rare, même pour ceux qui bénéficient d’un succès populaire ». Chez le collectif, au départ, cette initiative était avant tout une expérience.  « Il fallait voir si cela intéressait les gens. C’est une décision volontaire : s’ils veulent contribuer financièrement, ils sont libres de le faire. J’ai encore l’impression que les gens qui aiment la musique veulent encourager les artistes. La vente d’albums n’est qu’une façon de le faire. En donnant les albums, on peut attirer des gens aux spectacles et finir par vendre des disques. Encore une fois, ça revient à l’idée de communauté. Ceux qui veulent partager la musique peuvent le faire ». À l’intérieur de la pochette du disque de Quiet Parade, le projet solo de Trevor Murphy, il mentionne qu’il a laissé une note demandant aux gens de partager cet album. «J’aime mieux que dix personnes écoutent le disque gratuitement qu’une seule personne l’achète. C’est une sorte de partage de la richesse. À long terme, on va réévaluer ce procédé. Pour l’instant, ça fonctionne ».

Toujours en quête de nouveaux projets, l’avenir s’annonce prometteur pour l’équipe de Acadian Embassy. « Les choses vont très bien pour Rain Over St. Ambrose. Le groupe sera en tournée ce printemps au Nouveau-Brunswick. Ensuite, ils seront de passage en Nouvelle-Écosse et au Canadian Music Week. Au retour, ils entrent en studio pour l’enregistrement d’un album complet ». Si l’horaire de Trevor Murphy ne lui permet pas de se consacrer pleinement à Quiet Parade, il envisage plusieurs choses pour son projet solo. « C’est de la musique qui n’est pas lourde. On cherche des endroits qui répondent à notre son. Nos deux derniers spectacles étaient dans des bars, mais on est à la recherche d’endroits qui offrent des expériences et d’un public respectif, que ce soit dans les cafés ou dans des églises ». Kuato proposera un nouvel album. « C’est un groupe instrumental qui écrit un disque thématique sur la déportation des Acadiens. On va en profiter pour parler de cet évènement dans la pochette et de discuter de l’expérience acadienne par l’entremise d’une musique non traditionnelle et sans mots ».

Murphy caresse toujours le rêve de toucher à d’autres formes médiatiques. « Acadian Embassy, c’est une grosse expérience. Présentement je suis à l’université à travailler sur ma maîtrise qui porte sur les Acadiens. On travaille toujours pour réaliser différents projets qui parlent de notre culture et de notre héritage et on aimerait le faire par d’autres moyens que la musique, comme les livres ou les films ».

Site officiel: http://acadianembassy.com/

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