Julien Sagot – Piano Mal

C’est con. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être surpris lorsqu’on a appris que Julien Sagot allait être le premier des membres de Karkwa à se lancer dans l’aventure d’un album solo. Pourtant, la formation tire son énergie créatrice grâce à la présence de ses cinq membres et tous contribuaient à façonner le son du groupe. N’empêche, Sagot, percussionniste et multi-instrumentiste de Karkwa trimbalait ce projet depuis un petit bout de temps, assez pour assurer la mise en marché de "Piano Mal" le 31 janvier 2012, à peine quelques semaines après l’annonce de la sabbatique des lauréats du prix Polaris 2010.

Dépeint comme le lunatique de la bande, le parisien d’origine propose un premier album très concluant, teinté d’une panoplie d’influences; du rock alternatif saturé aux expérimentations sonores, le tout incorporé dans une pop ombreuse unique et distincte. Très européen et imagé, "Piano Mal" est un superbe laboratoire pour les chansons de Sagot. Un atelier bien utilisé, car cet album dévoile toute la force artistique du multi-instrumentiste, très bien canalisée par les morceaux structurés et les instants carrément irrationnels. Il en va de même pour les superbes paroles du disque, où il s’amuse avec les mots comme le ferait n’importe quel auteur. Écouter Sagot chanter ressemble à la lecture d’un bon livre où il faut laisser l’aspect cartésien de côté afin de saisir tous les petits détails.

Cet affrontement entre les instincts chansonniers et avant-gardistes n’assure pas nécessairement une cohérence propre à "Piano Mal", mais cet élément n’est pas nécessaire dans le contexte de cet album. Même la pièce abstraite et expérimentale "S.O.S. Panda" est empreinte de la vision de Sagot, en distinguant comme pièce la plus déroutante du disque. Toutefois, il possède une belle facilité avec la chanson française alternative au piano; "Palissade", "Une vielle taupe" et la pièce-titre sont des pièces mémorables, à mi-chemin entre Tom Waits, Jean Leloup et Serge Gainsbourg. Julien Sagot est également un mélodiste curieux et captivant, comme en témoigne "Château Rouge", morceau qui semble résumer l’esprit de "Piano Mal".

On ne perd pas de temps à apprécier la voix grave de Julien Sagot, qui ressort superbement lorsqu’il s’amuse dans le terrain des harmonies vocales (Champ de cotton). Il ne faut pas se le cacher; Julien Sagot ne propose pas l’album le plus accessible. Ce n’est qu’un détail : le risque en vaut la peine. Il ne faut surtout pas hésiter à se laisser emporter par l’univers poétique et singulier de Sagot.

"Piano Mal", en magasin le 31 janvier 2012.

Site officiel: http://www.sagot.ca

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