The Weeknd – Echoes of Silence

Ce ne sont pas les raisons qui manquent pour parler du phénomène The Weeknd. Le projet d’Abel Tesfaye est un des meilleurs exemples de l’absurdité complète du web. Les trois mixtapes, tous parues en 2011 et uniquement en téléchargement gratuit, ont suscité pas mal d’intérêt chez tous les gens cool, le who is who culturel: jury du prix Polaris, HBO, Lady Gaga et bien évidemment, le rappeur qui l’a découvert, Drake. Plein de gens se sont appropriés le « Till we overdose », symbole écrit de The Weeknd, cri de ralliement des amateurs du torontois. Malgré ce succès impressionnant, cette popularité soudaine, on ne sait rien sur The Weeknd.

Tesfaye a lancé officiellement 27 chansons sous ce nom, mais on ne connaît pas vraiment les intentions véritables derrière ce projet. Plusieurs croyaient à tort que « Echoes of silence », le morceau final de la trilogie, allait répondre à toutes les questions autour du nébuleux projet. Curieusement, nous sommes encore plus plongé dans le doute à la fin de l’écoute des neuf pièces.

C’est tant mieux. Je l’avoue: avant d’avoir entendu « House of balloons », la première parution de The Weeknd, j’appréciais déjà plusieurs éléments de l’oeuvre artistique de Tesfaye. D’abord, il y a l’aspect D.I.Y. (do it yourself), bien mis en valeur et le choix du format de la mixtape, un téléchargement gratuit, vitrine sans frontières. Par ailleurs, au centre de ses albums, The Weeknd a toujours lancé des albums, avant de lancer (officieusement) des extraits. Ses anthologies sont spécifiques, précises et intemporelles. Pour un projet du genre, le fait que les trois disques n’évoluent pas au gré du web, c’est le témoin indirect de l’esthétique de The Weeknd, de ce désir de mettre sur le marché un produit, officiel et peaufiné.

Puis, il y a tout le caractère humain et le mystère entourant Abel Tesfaye. Dans une industrie musicale qui se préoccupe de l’image et de la protection de son contenu, la présence de The Weeknd est fascinante et nécessaire, comme elle est aussi banale.

L’overdose finale, la parution de « Echoes of Silence », représente bien l’esprit The Weeknd. Le troisième tome était attendu depuis quelques mois, mais personne ne savait trop quand actualiser sans arrêt la page officielle de Tesfaye. Les rumeurs ont commencé à circuler le jour même, à l’effet que le 21 décembre serait le jour de la sortie de la mixtape. Ça s’est fait de la manière la plus plate et la plus invisible du monde: pas de campagne de promotion ni de lancement physique. Pire encore: pas d’heure de lancement, de fuites, rien. Qu’un lien publié en fin de soirée sur les réseaux sociaux de The Weeknd. Même les médias qui reprenaient la nouvelle était à cours de matériel quelques heures avant le lancement; certains ont même publié une fausse liste des chansons. Le silence résume bien tout le succès du phénomène The Weeknd. Oui, la musique est très bonne et son mélange hybride de R&B, soul et électro est efficace, une sorte de rentre-dedans planant. C’est l’interprétation, les textes et l’ambiance générale qui viennent me chercher dans ce projet qui a bien évolué depuis mars 2011.

« Echoes of Silence » dévoile bien les couleurs de cette progression, toujours plus sombre. Si « House of Balloons » était la liste de lecture du lendemain d’une fête, « Echoes of Silence » est la playlist qui sert de bilan à une année consécutive de partys. Pas dans la déshydratation ni dans les maux de têtes, mais dans le rapiéçage des souvenirs de la veille, une introspection qui amène un tas de questionnements. La sobriété soudaine est brutale, comme elle est décevante.

C’est ça « Echoes of silence »: un tas de questions et de constatations amoureuses ,qui prennent la forme des neuf chansons de la mixtape. Il est pas mal romantique The Weeknd, au point de s’exprimer en français bien romancé, sur « Montreal ». On réalise tout au long de l’écoute que chacune des chansons sert de point de repères dans le passé amoureux, imagé de The Weeknd. C’est ça qui est ça. Abel Tesfaye, n’est rien d’autre qu’un romantique éternel, un amateur de chansons d’amour. C’est le fan fini de l’autre, peu importe la forme que l’autre prend.

Je suis perplexe quant à «Echoes of Silence ». Je blâme cette déception sur mes attentes surréalistes après « House of Balloons » et «Thursday ». Le dénouement final de la trilogie me donne raison d’être mitigé, même si c’est la seule fin possible et logique à un tel projet, un peu comme à la fin de la télésérie britannique « The Prisoner » où Patrick McGoohan constate que l’antagoniste et le décor, c’était lui.

Les trois mixtapes de The Weeknd forment une œuvre pas mal impressionnante et imposante, que l’on considère ou non que le créateur est âgé uniquement que de 21 ans. Ce n’est pas un facteur: Tesfaye fait preuve de recul et de maturité autant qu’il est habité par le doute et rongé par l’imprévisibilité. Pour lui, The Weeknd est une carte de visite unique qui guidera le reste de sa vie. Quant à nous, simples amateurs de musique, c’est un pas vers une nouvelle réalité, musicale et technologique.

Les trois mixtapes de The Weeknd, disponible en téléchargement gratuit.

Site officiel: http://www.the-weeknd.com

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